Le « G » dans « ESG » : Pourquoi la gouvernance importe-t-elle aux investisseurs?

Les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont de plus en plus utilisés par les investisseurs qui souhaitent évaluer la durabilité et le profil de risques d'entreprises. Les considérations d'ordre environnemental, social et de gouvernance peuvent influer de façon positive ou négative sur le rendement financier et la valeur actionnariale d'une entreprise. De plus en plus de recherches indiquent par ailleurs qu'il existe un lien étroit entre un bon rendement financier et des politiques et pratiques d'entreprise fortes sur le plan des facteurs ESG 1.

Le présent article est le dernier d'une série de trois qui examine chacun des composants du sigle ESG et les manières dont ils aident les investisseurs à mieux gérer les risques et à générer des bénéfices durables à long terme. Il y sera question de la manière dont la structure, les politiques et les procédures de gouvernance d'une entreprise peuvent à la fois à créer de la valeur pour les investisseurs et bénéficier à l'entreprise.

Une bonne gouvernance inspire confiance aux investisseurs

La gouvernance touche un vaste éventail d'activités d'entreprises, y compris les structures administratives et de gestion, les politiques, les normes, la divulgation d'informations, les contrôles et la conformité. Par exemple, les investisseurs cherchent à savoir si une entreprise a une comptabilité exacte et transparente et si elle adopte des pratiques éthiques. Ils aiment par ailleurs voir des politiques qui incitent la participation des actionnaires et investir dans des entreprises dont le conseil d'administration est responsable et diversifié.

Les investisseurs peuvent effectuer un filtrage pour la gouvernance, comme ils le feraient pour les facteurs environnementaux et sociaux. Le filtrage négatif peut être utilisé pour éliminer des entreprises adoptant des politiques et des pratiques de gouvernance qui les exposent à un niveau de risque inacceptable. Ce pourrait être le cas d'une entreprise aux pratiques douteuses sur le plan légal ou éthique, ou qui n'aborde pas intelligemment les risques à long terme pour son secteur, comme ceux que posent les changements climatiques. Le filtrage positif, quant à lui, peut servir à cibler les entreprises aux politiques et aux pratiques de gouvernance fortes et transparentes.

En suivant le marché, on remarque que les enjeux de gouvernance d'entreprise font souvent la une.

En 2015, le groupe Volkswagen a donné un exemple sordide des conséquences négatives d'une mauvaise gouvernance lorsqu'il a été révélé que l'entreprise avait programmé 11 millions de voitures diesel pour tromper les essais de contrôle des émissions. Volkswagen a dû payer des milliards de dollars en sanctions pénales et civiles et le cours de ses actions en souffre encore aujourd'hui.

La rémunération des cadres supérieurs constitue toujours un sujet controversé de gouvernance d'entreprise. Dans beaucoup de pays, dont aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais pas au Canada, les organismes de réglementation des valeurs mobilières exigent que les sociétés ouvertes laissent régulièrement les actionnaires voter pour la rémunération des cadres supérieurs. Récemment, l'influent fonds souverain norvégien (qui atteint 900 milliards de dollars des États Unis) a annoncé qu'il chercherait à réduire les salaires excessivement élevés des cadres supérieurs d'entreprises bénéficiant de ses investissements, soutenant que certaines structures de rémunération nuisent, à long terme, aux intérêts des actionnaires 2.

Par ailleurs, la mixité et l'égalité des sexes sont d'autres enjeux importants de la gouvernance : beaucoup d'actionnaires institutionnels exigent que davantage de femmes siègent aux conseils d'administration et occupent des postes de haute direction, qu'elles bénéficient d'une rémunération équivalant à celle des hommes et d'autant d'accessibilité aux promotions. Une recherche de Morgan Stanley démontre qu'un meilleur équilibre entre les hommes et les femmes au travail peut générer davantage de bénéfices et moins de volatilité : la mixité serait donc profitable pour les entreprises et pour les investisseurs 3.

Le Canada a encore beaucoup de chemin à faire pour l'avancement des femmes sur le marché du travail. Seulement 12 % des postes de conseils d'administration au pays sont occupés par des femmes, et pas moins de 45 % des conseils sont composés exclusivement d'hommes 4. De plus, selon Statistique Canada, les femmes travaillant à temps plein gagnent en moyenne 74 sous pour chaque dollar que gagnent les hommes à temps plein 5.

En juin 2017, dans le cadre de l'assemblée annuelle de Restaurant Brands International (RBI), propriétaire de Tim Hortons et de Burger King, les actionnaires indépendants se sont montrés très favorables à une proposition appelant à une meilleure représentation des femmes au sein du conseil d'administration et de la haute direction de l'entreprise.

La résolution, présentée par Placements OceanRock Inc., une entreprise sœur d'Investisseur Qtrade, a reçu un appui de 23 % des votes totaux, mais de 64 % des investisseurs indépendants. Il est à noter que le principal actionnaire de RBI est la société brésilienne 3G Capital.

L'avantage des facteurs ESG

De plus en plus d'investisseurs établissent un lien entre la performance ESG, la création de valeur et la réduction des risques. Il est évident qu'une entreprise ayant une bonne performance ESG tend à être plus efficace et à moins gaspiller qu'une entreprise qui ne tient pas compte de ces facteurs. Ses employés s'investissent souvent davantage et se montrent plus productifs. L'entreprise bénéficie d'un plus grand respect et est plus à même d'augmenter la valeur de sa marque. Tous ces aspects réduisent les risques relatifs à l'exploitation et à la réputation.

Les autres volets de la série

Voici où consulter les autres articles de la série, qui traitent du « E » et du « S » du sigle « ESG ».

Le « E » dans « ESG »
Le « S » dans « ESG »

Ressources pour les investisseurs

Si vous souhaitez découvrir les entreprises qui sont considérées comme des chefs de file en matière de performance ESG, voici quelques ressources à consulter :

Jantzi Social Index, de Sustainalytics — indice boursier socialement responsable fondé sur le modèle du S&P TSX 60 et constitué de 50 entreprises qui répondent à une vaste gamme de critères ESG.

Indice de durabilité Dow Jones — inclusion d'entreprises selon les facteurs ESG, par S&P Dow Jones Indices et RobecoSAM. (en anglais seulement)

2017 Global 100 Most Sustainable Corporations in the World index, par Corporate Knights (en anglais seulement)

 

  1. Clark, G.L., A. Feiner et M. Viehs. « From the Stockholder to the Stakeholder : How Sustainability Can Drive Financial Outperformance », 2014. Rapport de recherche de la Smith School of Enterprise and the Environment, parrainé par Arabesque Asset Management. Dans le cadre de cette recherche, plus de 200 études universitaires, rapports d'industries, articles de journaux et livres ont été étudiés. Il a ainsi été déterminé que, dans 80 % des cas, les bonnes pratiques de durabilité avaient un effet positif sur le rendement des actions d'une entreprise.
  2. Holter, H. et S. Sleire. « Biggest Sovereign Wealth Fund Proposes to Curb CEO Bonus Plans », Bloomberg Markets, le 7 avril 2017. https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-04-07/norway-s-wealth-fund-proposes-to-rein-in-executive-pay-plans
  3. « Why It Pays to Invest in Gender Diversity », 2016. https://www.morganstanley.com/ideas/gender-diversity-investment-framework
  4. Commission des valeurs mobilières de l'Ontario. « Les autorités en valeurs mobilières publient de nouveaux résultats sur la représentation féminine au conseil d'administration et à la haute direction », septembre 2016.http://www.osc.gov.on.ca/fr/NewsEvents_nr_20160928_new-results-women-on-boards.htm
  5. Statistique Canada. « Les femmes et le travail rémunéré », mars 2017. http://www.statcan.gc.ca/pub/89-503-x/2015001/article/14694-fra.htm