Placements socialement responsables : comment les changements climatiques peuvent-ils influencer vos investissements?

Les glaciers fondent et le niveau de la mer monte. Des localités des basses terres sont inondées, tandis que des forêts sont ravagées par des incendies. Le climat de la planète change de façon importante et l’ampleur des dommages ne se limite pas à l’environnement. Les conditions météorologiques extrêmes pourraient poser plus de risques que vous le pensiez pour votre portefeuille.

Les analystes ont déjà commencé à calculer le coût du réchauffement climatique pour l’économie. En novembre 2018, un rapport du gouvernement américain présentait une conclusion alarmante : si aucun changement important n’était apporté sur le plan politique pour freiner le réchauffement climatique, la première économie mondiale chuterait d’environ 10 % d’ici 2100, soit près du double des pertes subies lors de la Grande Récession, il y a dix ans. Rien qu’aux États-Unis, le coût pour l’économie pourrait dépasser les 500 milliards de dollars américains par année d’ici la fin du siècle, selon les médias1.

« Laisser les changements climatiques continuer à leur rythme actuel risque d’être désastreux pour le portefeuille des investisseurs, puisque des conditions météorologiques extrêmes auraient des répercussions dans tous les secteurs; il serait difficile de n’être aucunement touché », affirme Jamie Bonham, directeur du engagement des sociétés chez Placements NEI, une société affiliée d’Investisseur Qtrade. « Pensez aux stations balnéaires situées dans les basses terres qui risqueront de subir la montée des eaux et une augmentation des inondations, aux infrastructures qui seront plus durement touchées par les ouragans, aux industries dépendantes de l’eau dans les régions où l’eau se fait de plus en plus rare. »

Au Canada, le sous-gouverneur de la banque centrale a déclaré que les changements climatiques pourraient coûter au pays entre 21 et 43 milliards de dollars par année d’ici les années 2050 si le réchauffement n’était pas freiné. Les risques liés au climat ont déjà commencé à peser sur l’économie. Par exemple, les feux de forêt qui ont ravagé l’Alberta au printemps 2016 ont réduit le PIB du Canada d’environ un pour cent au deuxième trimestre de la même année2.

Risques financiers liés au changement climatique

Alors que le monde se prépare à des phénomènes météorologiques de plus en plus graves, la Banque du Canada a commencé à prendre des mesures pour faire face aux changements climatiques. Pour la toute première fois, en mai 2019, la banque centrale a publié un rapport qui met en lumière les menaces que les changements climatiques font peser sur le système financier du pays . En fait, selon elle, les changements climatiques figurent parmi les six principales menaces guettant l’économie canadienne. L’un des plus grands défis auxquels sont confrontées les entreprises canadiennes est celui de s’adapter à une économie à faibles émissions de carbone et de s’exposer aux risques d’une telle transition.

« On voit bien les risques auxquels sont exposés les sociétés pétrolières et gazières, les services publics, les mines et d’autres secteurs à forte émission de carbone, explique M. Bonham. Fondamentalement, si une entreprise fabrique un produit dont plus personne n’a besoin, ou si ses coûts sont considérablement augmentés par la réglementation, par exemple si l’on impose un tarif pour les émissions de carbone, le risque commercial est évident. »

La baisse de la demande, l’augmentation des coûts de production et les changements relatifs à la réglementation font partie des risques liés au climat qui peuvent conduire à ce que l’on appelle des droits d’actifs « délaissés », c’est-à-dire qui ne peuvent plus générer un rendement économique suffisant. La valeur pour les actionnaires est dépréciée lorsque ces actifs sont dévalués ou radiés du bilan d’une société.

En vertu de l’Accord de Paris, le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre afin de contribuer à limiter le réchauffement planétaire à moins de 2°C. Pour respecter cet engagement, le Canada doit passer à une économie plus verte. Dans une économie tributaire des ressources naturelles comme celle du Canada, une telle transition aura des répercussions sur de nombreuses entreprises.

« Essentiellement, tout secteur associé à des émissions élevées de CO2 est menacé. Cela comprend les secteurs comme les industries du ciment et de l’acier, qui ont actuellement une empreinte carbone très élevée en raison des procédés à forte émission utilisés dans les processus de fabrication », souligne M. Bonham.

Le secteur des assurances souffre particulièrement des effets négatifs des changements climatiques. Frappés par d’énormes sinistres en raison de feux de forêt, d’inondations et d’ouragans, les assureurs sonnent l’alarme : les changements climatiques risquent de rendre leurs régimes inaccessibles aux consommateurs moyens. Les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation au détail sont également vulnérables aux effets des changements climatiques.

« Les changements climatiques auront de graves répercussions sur la chaîne d’approvisionnement qui nous permet de nous nourrir au quotidien, prévient M. Bonham. Les consommateurs subiront une partie des hausses de coûts et les industries enregistreront de lourdes pertes en cas de conditions extrêmes. Imaginez ce que cela représente de perdre l’entièreté d’une récolte en raison d’une sécheresse extrême ou d’inondations. »

Occasions dans des portefeuilles plus écologiques

Alors que les conditions météorologiques extrêmes risquent de changer radicalement le paysage de l’investissement, il pourrait se présenter des occasions pour les investisseurs, comme pour les consommateurs, de se tourner vers une économie mondiale à faibles émissions de carbone. Comme dans tout secteur émergent, il peut être difficile de choisir les entreprises qui deviendront des chefs de file. Toutefois, les entreprises qui trouvent des solutions au changement climatique attireront des capitaux et joueront un rôle essentiel dans l’atténuation des impacts économiques.

« Le besoin en capitaux est criant pour soutenir l’innovation croissante en matière d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique, de récupération des déchets, de procédés industriels, et plus encore », dit Bonham.

Plusieurs chefs de file de l’industrie pétrolière et gazière se joignent à la conversation sur le développement durable et explorent comment ils peuvent, eux aussi, s’adapter à cette nouvelle économie.

« Certains acteurs du secteur pétrolier et gazier s’efforcent activement de se préparer à la réalité d’une économie à faibles émissions de carbone. Par conséquent, si vous cherchez à maintenir votre position dans ce secteur, il est possible d’appuyer les entreprises les plus progressistes qui adoptent une vision à long terme, explique M. Bonham. Des occasions se présenteront également d’investir dans des solutions qui soutiennent la vie.

Le traitement de l’eau, par exemple. La disponibilité de l’eau sera un énorme problème à l’échelle mondiale, et la situation va empirer dans les régions arides. »

Pour prendre des décisions éclairées en matière de sécurité de vos placements, vous pouvez vérifier si les entreprises dans lesquelles vous investissez ont une stratégie progressiste en matière de changements climatiques. Vous pouvez également saisir des occasions d’investissement avec des entreprises qui s’efforcent de réduire leurs émissions et de trouver des solutions novatrices pour atténuer les impacts des changements climatiques. La transition vers des fonds négociés en bourse ou des fonds qui misent sur le développement durable est une autre voie envisageable.

Il est également important de savoir si les entreprises dans lesquelles vous investissez sont transparentes quant à leur impact environnemental. Ont-elles une stratégie crédible en place pour s’assurer qu’elles n’exacerbent pas activement la situation? Ont-elles adopté une politique environnementale qui les aide à faire la transition vers un avenir faible en carbone? Si vous achetez des placements gérés par des tiers, assurez-vous que le gestionnaire est conscient des risques liés aux changements climatiques et qu’il collabore avec les sociétés de votre portefeuille pour discuter des solutions.

Si vous souhaitez repenser votre portefeuille, vous pouvez cibler des occasions d’investissement axées sur le développement durable. Vous pouvez découvrir quelles entreprises sont des chefs de file en matière d’investissement dans des solutions et d’adaptation aux changements climatiques en explorant des sources comme les indices d’ESG de MSCI, les indices Dow Jones de développement durable, le magazine Corporate Knights et le Global Sustainability Leaders Index.

« Il est possible de prévoir d’où viendront les occasions d’investissements : notamment, des entreprises qui mettent sur pied une stratégie étoffée pour passer à une économie à faibles émissions de carbone et qui déploient beaucoup d’efforts pour réduire les risques liés au climat », affirme M. Bonham.

Vous aimeriez approfondir vos connaissances des placements socialement responsables?

Visitez le site Web de Placements NEI et cliquez sur Investissement responsable pour consulter des articles, des livres blancs et d’autres ressources sur le sujet.


Ressources:

1Georgiou, Aristos. “Climate change is already costing America $500 billion a year—and this is just the tip of the iceberg.” Newsweek. November 29, 2018. https://www.newsweek.com/climate-change-already-costing-america-500-billion-year-and-just-tip-iceberg-1237143

2Lane, Timothy. “Thermometer Rising—Climate Change and Canada’s Economic Future.” Bank of Canada. March 2, 2017. https://www.bankofcanada.ca/2017/03/thermometer-rising-climate-change-canada-economic-future/

3Roman, Karina. “Climate change threatens 'both the economy and the financial system,' says Bank of Canada.” CBC News. May 16, 2019. https://www.cbc.ca/news/politics/climate-change-bank-of-canada-financial-system-review-1.5137625