Le REER plutôt que le CELI comme option par défaut – analyser les taux d’imposition marginal et moyen

This is an exclusive tax series brought to you by Tax & Estate specialist, Doug Carroll BBA JD LLM(tax) CFP TEP

Dans une scène de Doc Hollywood, Michael J. Fox, nouveau diplômé en médecine, se prépare à faire aéroporter un jeune patient d’une petite ville pour une chirurgie cardiaque d’urgence. Juste avant le décollage, le médecin local vieillissant se présente et donne au garçon une boisson gazeuse – quelques gorgées, un rot et tout le monde rentre chez soi.

C’est du cinéma, mais il y a là une leçon utile dans le débat sur les REER et les CELI.

Depuis son arrivée en 2009, le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) s’est révélé formidable en offrant d’innombrables possibilités d’améliorer notre vie financière. Toutefois, pour ce qui est de l’épargne-retraite, le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) a fait ses preuves et devrait être le choix par défaut de la majorité de la population. Voici pourquoi.

Traitement fiscal À L’ENTRÉE, traitement fiscal À LA SORTIE

Le REER et le CELI vous procurent tous les deux un revenu à l’abri de l’impôt et font fructifier les placements que vous y ajoutez. La principale différence, c’est ce qui se passe à l’entrée et à la sortie :

  • on dépose dans un REER des fonds avant impôt, et les retraits sont imposables;
  • on dépose dans un CELI des fonds après impôts, mais les retraits ne sont pas imposables.

Bien sûr, on dit souvent que les cotisations à un REER sont déductibles du revenu imposable, l’avantage étant le remboursement tant désiré. Cependant, pour que ce soit réellement « avant impôt », tous les remboursements (et les remboursements de remboursements) doivent être versés dans le REER. On s’en est déjà occupé par l’entremise de la retenue d’impôt à la source dans le cas des REER collectifs offerts par l’employeur, mais, dans le cas d’un REER personnel, la responsabilité vous incombe.

Comparatif

Si votre revenu est imposé au même taux quand vous cotisez et quand vous retirez, votre revenu disponible sera le même, que vous utilisiez un REER ou un CELI. Par exemple, avec 100 $ à un taux de 40 % et un rendement de 10 % sur un an (pour la simplicité, et non pas la vraisemblance), voici le rendement de chacun :

  • Dépôt de 100 $ dans un REER + rendement de 10 $ = 110 $ imposable, soit 66 $ de revenu disponible
  • Dépôt de 60 $ dans un CELI + rendement de 6 $ = 66 $ de revenu disponible

Si votre taux d’imposition est plus élevé à l’entrée qu’à la sortie, le REER sera supérieur, et vice versa. Si, par exemple, le taux est de 40 % à l’entrée et à 30 % à la sortie, le REER vous rapporte 77 $, et le CELI toujours 66 $. Et si votre taux plus tard est plutôt de 50 %, le REER vous rapportera 55 $, et le CELI toujours 66 $.

Est-ce vraiment si simple?

« Même taux » : marginal ou moyen?

Après avoir illustré l’importance de s’intéresser à la déductibilité d’une cotisation à un REER, on ne doit pas perdre de vue qu’il s’agit effectivement d’une déduction. L’avantage, c’est que votre cotisation à un REER est supérieure à votre taux marginal, ce qui vous permet d’économiser de l’impôt à votre taux le plus élevé.

Pour vos retraits plus tard ou à votre retraite, la base sur laquelle vous devriez sans doute vous fonder (j’y reviendrai), c’est le taux moyen. Le taux d’imposition moyen correspond à l’impôt total divisé par le revenu total. Dans un système fiscal progressif, soit avec plusieurs paliers, le taux moyen sera toujours inférieur au taux marginal.

En gardant ce fait à l’esprit, imaginez un instant qu’il n’y avait pas de limite de cotisation aux deux régimes. Même si votre revenu restait le même (indexé) à votre retraite, le REER serait plus profitable que le CELI, car le taux moyen à la sortie sera certainement inférieur au taux marginal à l’entrée.

Mais quel est votre propre taux moyen?

Dans les faits, votre revenu de retraite ne proviendra pas uniquement de vos économies versées dans un REER, ce qui m’amène à aborder le doute au sujet de l’utilisation du taux d’imposition moyen comme je le disais précédemment.

Quand vous commencez à toucher vos prestations du Régime de pensions du Canada (RPC) et de la Sécurité de la vieillesse (SV), vous n’avez aucun pouvoir décisionnel au sujet du versement des prestations ou non d’une année à l’autre. C’est donc ce qui constitue votre palier inférieur, puisqu’il s’agit de votre revenu de base, auquel s’ajoute votre REER (sous la forme d’un FERR ou de rentes). Dans ce cas, le taux moyen applicable doit être calculé en fonction du revenu au-delà de ce plancher sur lequel vous n’avez aucun pouvoir. Malgré tout, tant qu’il y a au moins deux paliers et que vous êtes au plus haut des deux pour la cotisation, ce taux moyen modifié restera inférieur à votre taux marginal initial.

Les choses se compliquent si la récupération de la SV entre en ligne de compte, en ajoutant environ 10 % net au taux effectif marginal d’imposition (TEMI). Mais, même si vous aviez droit au maximum du RPC et de la SV, qui est d’environ 20 000 $, vous progresseriez des paliers du bas vers les paliers du milieu jusqu’à ce que vous atteigniez le plafond de la récupération de la SV, en approchant des 80 000 $. Néanmoins, selon mes calculs, le taux moyen restera toujours considérablement inférieur au taux marginal à la pleine récupération, soit environ 130 000 $.

L’option par défaut, mais pas une obligation dogmatique

Pour récapituler, l’essentiel, c’est que le REER est l’option par défaut, mais qu’il pourrait être surpassé. Tout dépend de certains facteurs.

Il y a des facteurs qui jouent en faveur du REER :

  • la plupart des gens ont un revenu inférieur à la retraite et, par conséquent, des taux marginal et moyen inférieurs aussi;
  • les conjoints peuvent fractionner leur revenu de retraite pour réduire leur taux d’imposition moyen combiné;
  • l’accès au crédit de pension.

D’autres facteurs favorisent plutôt le CELI :

  • les revenus d’une personne sont faibles à l’âge où elle fait des économies;
  • il y a déjà des actifs importants dans le REER;
  • un héritage ou des profits imprévus d’un montant important ont une incidence sur le moment ou le montant du prélèvement requis dans l’épargne existante, ou sur les deux.

En réalité, c’est une question de proportionnalité, plutôt qu’un choix binaire entre REER et CELI. Une bonne compréhension des bases techniques devrait vous aider à faire des choix plus éclairés et à gagner en confiance pour maintenir le cap dans vos placements.

 

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